Discours d'inauguration du centre villageois
Denis-Olivier Maillefer - souvenirs

Il ya deux catégories de Ballaiguis, les purs et durs qui ne survivraient pas à un exil de plus d’une semaine et les autres qui ont bien dû apprendre à vivre sans la route des Planches, la Corne, le Ruisseau, la Combe, Fontonasson et le Champ du soleil.

Le relatif exil auquel les circonstances m’ont conduit n’a pas entamé mon affection pour le lieu et ses habitants. Ballaigues reste à lui seul une véritable leçon de sociologie, terreau jurassien où parviennent à s’abreuver à la même source gens de la terre et de l’industrie, gens des églises et d’ailleurs, Confédérés et pas tout à fait Confédérés, patrons et ouvriers, jeunes et moins jeunes... Que cette culture de tolérance et de consensus ne s’érode pas au fil des ans et des évolutions.

Pour qui parcourait la grande rue dans les années 60 du siècle passé, l’offre commerçante ne manquait pas.

Pour les amateurs de ski, il n’était pas évident de choisir entre les Fischer de chez Challandes et les Authier de chez Léon.

Les deux boulangeries rivalisaient de qualité, les cornets à la crème du samedi chez Goy, le bon pain au feu de bois de chez Ravet.

L’offre en épicerie, quincaillerie, mercerie et autres produits n’était pas en reste. On allait acheter les journaux chez Magnenat, puis les beaux primeurs chez les Nemeth, tandis que l’Angèle et Willy vous assuraient vêtements, nourriture et boissons. Les carnivores avaient le choix entre Rochat et Mottaz.

Et enfin au bout de la rue, avant la Cure, se dressait une véritable caverne d’Alibaba, le bien nommé bazar qui, en plus de l’épicerie, constituait une véritable quincaillerie où les bricoleurs dont j’étais trouvaient absolument tout: visserie, outils, tuyaux de fourneau, peinture, chaussure et mercerie.

Hélas, les choses changèrent, les grandes surfaces eurent progressivement raison de cette diversité et complémentarité. Un siècle après Zola qui décrit fort bien le phénomène dans son roman “Au bonheur des dames”.

Si l’évolution économique eut progressivement raison de ces petits commerces, la vie associative, Dieu merci, fut préservée comme le témoignent d’ailleurs les sociétés locales encore présentes et bien présentes aujourd’hui.

Les lieux que nous avons le plaisir d’inaugurer aujourd’hui, cérémonie à laquelle vous me faites l’honneur de m’associer, vont réaliser la synthèse modernisée et adaptée de ce qu’une localité de 1000 habitants se doit de posséder en terme d’infrastructure.

Ce superbe centre villageois s’est implanté sur des lieux chargés d’histoire. Je veux penser ici au garage du Jura tenu par la famille Comble, agence Sunbeam, Datsun puis Fiat. C’était le rendez-vous des mécaniciens amateurs à la recherche de pièces, d’outillage et de conseils. Souvent les activités s’y poursuivaient tard dans la nuit et des voitures à la peinture à peine sèche et au joint de culasse tout frais s’élançaient avec plus ou moins de succès en direction du Service des automobiles à Lausanne.

La Grande salle, que dis-je, l’ancienne Grande Salle assurait vaillamment la vie locale et ses murs retentissent encore des échos du bal, de la fameuse mise de la vente de paroisse et des démonstrations de gymnastique.

On ne saurait quitter le quartier sans une pensée pour la Balance et pour Mme Magnenat qui assura son rôle social de patrone de café avec beaucoup d’humanité et de sociabilité.

Ainsi, il y aurait lieu à une certaine nostalgie si la disparition de ces lieux n’avait pas été suivie d’un projet qui s’est matérialisé aujourd’hui.

Votre village, mon ancien village, a su prendre les initiatives nécessaires, même si je me suis laissé dire que cela n’avait pas été sans embûches. L’essentiel est d’avoir su persévérer. En effet, Ballaigues est une pièce importante, par son dynamisme économique, de cette région et depuis peu district du Jura Nord vaudois.

Le député que je suis se réjouit aussi que le canton - dont l’appétit fiscal est parfois bien affirmé - ne vous ait pas tout pris et laissé les moyens de cette réalisation....

Nul doute que chaque Ballaiguis saura utiliser ce superbe complexe, berceau de la vie associative du village.

N’oubliez pas votre magnifique magasin et son sympathique patron. Les grandes surfaces de France voisine et d’Yverdon ont suffisamment de clients.

Mes félicitations et remerciements vont à tous les acteurs impliqués dans cette réalisation et mes meilleurs messages d’amitié vont à vous toutes et tous.

longue vie à Ballaigues et aux Ballaiguis !

Denis-O. Maillefer (30 sept. 2006)

En savoir plus :

>> photos de l'inauguration

>> présentation de la commune

>> union des communes vaudoises

© commune de ballaigues 2013