La route romaine de Ballaigues
(page réalisée grâce au travail de M. Félix Tuscher)

De mémoire de Ballaiguis, un écriteau signale fièrement un tronçon de "voie romaine". Mais que sait-on exactement de cette route ? Est-elle attestée dans l'Antiquité ? A-t-elle fait l'objet d'une étude ? Des archéologues l'ont-ils jamais fouillée ?
Pour commencer, rappelons que le nom de Ballaigues est bien d'origine latine... "Bellas aquas" signifie en latin "belles eaux", un nom que la localité doit, selon certains, à la qualité de ses sources, et selon d'autres aux magnifiques paysages lacustres dessinés par l'Orbe et la Jougnenaz aux environs de Vallorbe...

Une claire matinée d'août 2006, où les taches de soleil se faufilent entre les branches... Sur quelque deux cents mètres, l'antique passage s'élance à travers bois en direction de La Ferrière et de Jougne... Entamant profondément le sol rocailleux, deux ornières parallèles où s'enfonçaient jadis les roues des chars... Mais à quelle époque exactement ? Sommes-nous bien sur une des grandes artères du réseau gallo-romain ?

Grâce à la Table de Peutinger (sorte de carte routière exécutée au Moyen Age d'après un document de l'Antiquité et baptisée du nom de son propriétaire, l'humaniste Konrad Peutinger qui en hérita en 1508), nous savons qu'à l'époque romaine, une route reliait Avenches (Aventicum Helvetiorum) à Pontarlier (Abiolica) en passant par Yverdon (Eburoduno)... Selon toute vraisemblance, cette route a dû passer au voisinage de Lignerolle et de Ballaigues, avant de s'engager dans la vallée de la Jougnenaz ! (A droite, extrait de la Table de Peutinger, où l'on distingue le Rhône et le "Lacus Losanenses", un Léman bien lausannois ! )

en savoir plus :


>> la voie romaine Reims-Cologne

>> sentier de la jougnena et espaces didactiques


Espace didactique aménagé par les soins de la Société de développement de Ballaigues.

L'ex-Hôtel Beau-Site existe encore à Ballaigues...

Au bout du tronçon qui nous intéresse, la Commune de Ballaigues a aménagé un petit espace didactique pour faciliter l'interprétation des vestiges. Même si la voie existait déjà du temps des Celtes, il est possible que, comme le suggère l'image, des travaux "à la romaine" y aient été exécutés (par exemple : superposition de plusieurs couches de matériaux pour optimiser la surface de roulement).

(A droite, une illustration tirée de "Naissance d'une cité romaine", Ed. des Deux Coqs d'Or, 1977)

Le fait qu'à Ballaigues, ce qui reste de la voie antique se réduise à du roc creusé de deux profondes ornières parallèles n'exclut nullement qu'il ait existé autrefois une route construite dans les règles de l'art. La disparition des pierres peut s'expliquer par l'habitude (attestée jusqu'au XVIIIe siècle) de se servir des anciennes voies romaines comme de carrières faciles à exploiter!(à gauche, Photograhie prise en août 1900 par Albert Naef, archéologue cantonal)

(A droite, place de croisement, à l'extrémité du tronçon de Ballaigues : les ornières sont creusées à même le roc... )

Ce qui est sûr, c'est que lorsque Albert Naef, premier archéologue cantonal vaudois, note : "Les 7, 9, 10 et 13 août 1900, j'ai fait déblayer 2 tronçons de la voie romaine derrière l'Hôtel Beau-Site", l'origine antique de notre route ne fait pour lui aucun doute. D'autant plus qu'il ajoute : "Il est probable qu'on va maintenant la faire déblayer sur un parcours plus considérable, ce serait vivement à souhaiter et constituerait une des curiosités de Ballaigues" (Document manuscrit déposé aux archives cantonales vaudoises, cf. microfilm AMH A 23/5 Ballaigues 257 fiche 1).
Daté du 21 août 1900, le rapport d'Albert Naef (PDF) au Chef du Département de l'Instruction Publique et des Cultes n'a jamais été publié.

Le 3 mai 1971, la Société de développement de Ballaigues consulte M. Edgard Pélichet, archéologue cantonal, sur "la façon de remettre en valeur ces vestiges romains tout en les préservant" ainsi que sur la possibilité de "découvrir un prolongement aux tronçons actuellement visibles".
Le 6 mai déjà, elle obtient une réponse: "Il semble que vous connaissez deux secteurs de cette route. Tant mieux! Parce que selon d'autres indications que je trouve, la voie romaine était dallée dans le roc au-dessus de Lignerolle en ayant à sa gauche le château de César. A Ballaigues, on l'aurait vue derrière l'Hôtel Beau-Site, aussi dallée dans le roc avec deux ornières profondes écartées de 1.20 m."
Apparemment, tant à Ballaigues qu'à Lausanne, on avait alors perdu tout souvenir du travail accompli en août 1900 par Albert Naef...

Les Ballaiguis de l'époque romaine ont-ils vu passer sous leurs fenêtres des chars semblables à celui de la célèbre mosaïque d'Orbe-Boscéaz ? Disons pour conclure que c'est tout à fait plausible... Lorsqu'il voulait freiner en descente, le charretier enrayait ses roues au moyen des crochets suspendus et il en résultait des ornières de plus en plus profondes, allant jusqu'à rendre la route inutilisable...

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